L'on rapporte qu'un chasseur arabe fameux, du nom de
Al-Kouça"iyy, sortit un jour en quête de quelque gibier à tirer.

Arrivé dans la vallée toute proche, il aperçut au loin parmi les arbres épars,
une plante à l'allure droite dont le bel aspect lui plut. Elle appartenait à
une variété dont le bois donnait des arcs forts robustes. Il l'arracha
aussitôt, l'emporta pour la replanter dans son terrain.

Al-Kouça"iyy prit grand soin de sa nouvelle plante, l'arrosa et la
surveilla jour après jour avec l'attention qu'il eût mise à s'occuper d'un de
ses propres enfants. Lorsqu'elle devint un arbre et que le tronc en fut assez
long, il la coupa et la mit à sécher. Plus tard, armé d'un outil tranchant, il
s'employa à la tailler et en obtint un arc bien robuste sur lequel il fixa une
puissante corde. Le résultat était une arme fort agréable à regarder.

De l'arbre, Al-Kouça"iyy prit ce qu'il restait de branches, les tailla à
leur tour et en fit cinq belles flèches toutes tranchantes qu'il plaça dans une
gibecière réservée à cet effet. Il mit sa gibecière à l'épaule, empoigna son
arc et s'en alla chasser, emmenant avec lui son chien, qui l'accompagnait
toujours dans ses sorties.

Il faisait nuit lorsqu'il sortit. la lune qui était pleine répandait sa clarté
au-dessus de la vaste forêt. Al-Kouça"iyy s'approcha d'un ruisseau calme
duquel les gazelles avaient l'habitude de s'abreuver. Dissimulé derrière des
arbrisseaux, il guetta l'arrivée de quelque gibier sur lequel il essaierait sa
nouvelle arme et ses flèches affûtées. Il attendit ainsi près d'une heure.

Prêtant l'oreille, Al-Kouça"iyy sentit s'approcher un troupeau de zèbres.
Il arma son arc de l'une des cinq flèches, tira sur la corde et, profitant de
la lumière de la lune, concentra son regard sur une gazelle rapide. Quand elle fut à portée de flèche, il tira. La flèche partit tel l'éclair puis il y a eu
une étincelle. Al-Kouça"iyy crut que la flèche avait manqué sa cible pour
aller s'écrase rcontre un bloc de silex.

Surpris, Al-Kouça"iyy réarma son arc. Un deuxième troupeau arriva
rapidement. Il tira sa flèche et, quoiqu'il eut bien visé, il se produisit la
même chose qu'auparavant : il vit de nouveau une étincelle, conséquence du choc du projectile avec le rocher. Il en demeura éberlué. Il attendit quelques minutes encore, jusqu'à l'arrivée d'un nouveau troupeau. Il réitéra les mêmes gestes, tirant ainsi le reste des cinq flèches qui toutes finirent contre le rocher.

Voyant comment les choses se paient, Al-Kouça"iyy se mit dans une grosse colère. Il saisit une grosse pierre avec laquelle il brisa l'arc. le jour à ce moment-là venait de pointer, Al-Kouça"iyy regarda vers le rocher et vit
cinq gazelles qui se débattaient dans leur sang au même endroit, et les cinq
flèches toutes souillées de sang. En effet, chacune de ses flèches avaient
transpercé de part et d'autre le corps des gazelles, tellement les tirs avaient
été puissants.

Al-Kouça"iyy poussa alors un cri de rage pour la manière dont il venait de
perdre son arc mais...il était trop tard.