Le poisson de Younous "alayhi s-salam

Naynawa était un des villages de la région de Al-Mousil en Irak dont les habitants avaient fait preuve de beaucoup de corruption. Ils étaient cent mille ou plus. Ils avaient une statue appelée "Achtar qu’ils adoraient au lieu d’adorer Allah ta"ala.


Notre maître Younous "alayhi s-salam leur fut envoyé en tant que Prophète pour les appeler à adorer Allah "azza wa jall uniquement et à délaisser l’adoration des idoles.

Surpris par l’appel que notre maître Younous leur avait lancé, les idolâtres ne suivirent pas ses paroles bien qu’il leur ait donné des preuves claires. Il leur avait manifesté des miracles éclatants qui indiquaient la véracité de son appel et la justesse de la croyance qu’il les invitait à suivre.


Selon ce qui a été dit, il s’adressa à eux en leur disant : « Je vous ai appelé à cette bonne croyance avec douceur et bonté durant trente trois années. Si vous répondez à mon appel, vous obtiendrez le bien que j’espère. Sinon, je vous mets en garde contre un châtiment qui surviendra sans aucun doute. Ce sera une épreuve qui s’abattra, une destruction imminente, après quarante nuits ».

 

Ils lui avaient répondu avec orgueil et arrogance : (Si nous voyons venir les signes du châtiment, alors-là, nous croirons en toi).


Younous continua à les appeler. Lorsque trente cinq journées se furent écoulées, une discussion s’engagea entre les idolâtres au sujet de ce dont il les avait menacés. (Younous est un homme qui ne ment pas, disait-ils. Surveillez-le : s’il reste avec vous, vous n’aurez rien à craindre. Mais s’il s’en va et vous quitte, ce sera sans aucun doute l’arrivée du châtiment).


La nuit tombée, Younous prit des provisions et partit, en colère contre eux, ayant désespéré de leur entrée en Islam. Pourtant, il n’avait pas demandé la permission à son Seigneur de quitter le village. Il pensait que Allah ne le méprendrait pas pour cela.


A peine Younous s’était-il éloigné de Naynawa que des signes de châtiment et des manifestations de destruction étaient apparus à ses habitants. Des nuages sombres avaient recouvert le ciel. Une fumée intense s’était diffusée et s’abattait maintenant jusqu’à envelopper leur ville et assombrir les toits de leurs constructions. Le châtiment n’était plus qu’à un mille d’eux.

Quand ils eurent la certitude que la destruction et le châtiment étaient imminents, ils s’étaient dirigés vers Younous "alayhi s-salam mais ne l’avaient pas retrouvé. Ils sortirent alors à l’extérieur de la ville. Ils avaient séparé les enfants des femmes, les bêtes de leurs petits. Les uns se languissaient des autres et le tumulte s’amplifia. Les supplications se multiplièrent.

 

Allah ta"ala leur inspira le repentir. Ils avaient été sincères dans leur intention en cela : ils avaient interrogé un vieil homme qui suivait notre maître Younous et lui avaient dit : (Le châtiment est devenu proche, que faire ?) Il leur a dit : « Croyez en Dieu et en Son Messager et faites le repentir, et dites : Ô Allah nos péchés sont nombreux et graves, mais Tu es éminent et glorieux. Accorde nous Ton pardon et ne fais pas de nous ce qui est digne de nous (c'est-à-dire ne nous accorde pas le châtiment que nous méritons) ».


A ce moment, ils crurent en Allah et en Son Messager Younous "alayhi s-salam. Ce fut un moment historique et mémorable. Ils firent le repentir à Allah ta"ala d’un repentir véridique. Ils en arrivèrent à réparer les injustices et à rendre ce qu’ils avaient pris injustement à leurs propriétaires. Il arrivait même que l’homme retire les pierres de construction, après avoir monté les murs de sa maison dessus, pour les restituer à leurs propriétaires de qui il les avait prises injustement.


Le châtiment leur fut épargné et ils retournèrent chez eux sains et saufs, et croyants. Il a été dit que cela avait eu lieu un vendredi 10 du mois de Mouharram ­–le jour de "Achoura–.


Quant à notre maître Younous "alayhi s-salam, lorsqu’il était sorti en colère contre son peuple, il n’avait pas su ce qu’il leur était arrivé après lui. Il était arrivé jusqu’au rivage et il était monté sur une embarcation après que ceux qui étaient à bord l’aient pris avec eux, par amour et recherche des bénédictions. Il était en effet d’une belle apparence, d’un discours éloquent et utilisait des paroles douces.


Une fois à bord, il s’allongea dans l’un des flancs du bateau et s’endormit. Le bateau vogua, dépassant les vagues. Mais un vent terrible les surprit, un vent qui faillit faire chavirer le bateau. Les marins se rassemblèrent pour invoquer Allah ta"ala, puissent-ils être épargnés. Ils réveillèrent Younous le prophète de Allah afin qu’il invoque avec eux. Il se réveilla et invoqua Allah "azza wa jall et Allah leur épargna ce vent. Il rejoignit alors sa place et se rendormit.

Un vent vint à nouveau et faillit cette fois mettre le bateau en pièces. Les gens réveillèrent Younous "alayhi s-salam et ils invoquèrent Allah et le vent s’apaisa.

Tandis qu’ils étaient ainsi, un gros poisson leur apparut, ouvrant grande sa bouche pour engloutir le navire. Younous leur dit : « Ô gens du bateau, ceci a lieu à cause de moi. Si vous me jetez à l’eau, vous pourrez continuer votre chemin, le vent et la peur ne vous atteindront pas ».

 

Son objectif n’était pas qu’ils le mènent à la mort car il savait que Allah le renforçait par des miracles éclatants.

Ils lui dirent : (Nous ne lancerons personne sans avoir tiré au sort le nom de l’un d’entre nous. Celui dont le nom sortira, nous le lancerons à l’eau). Ils tirèrent un nom au sort et ce fut celui de Younous. Il leur dit : « Gens du bateau, lancez-moi par-dessus bord. C’est à cause de moi que vous avez subi la tempête ». Ils lui dirent : (Nous ne le ferons que si nous tirons une nouvelle fois un nom). Ils le firent et ce fut à nouveau le nom de Younous. Il leur répéta ce qu’il leur avait dit la première fois. Lorsqu’ils l’amenèrent à la proue du navire pour le lancer à l’eau, le poisson était là, ouvrant grande sa bouche. Ils se dirigèrent alors vers le côté du bateau. Le poisson se trouvait encore à les attendre. Ils se dirigèrent alors vers le côté opposé. Le poisson était encore là en train de les attendre, la bouche béante.


Quand Younous  vit cela, il se jeta lui-même tout en sachant que Allah l’épargnerait et qu’il n’en mourrait pas car il était un prophète honoré. Le poisson qui avait reçu l’ordre de ne manger aucun morceau de chair et de ne lui casser aucun os l’avala.


Younous resta dans le ventre du poisson quarante jours. Il parcourut la mer en traversant les vagues et en descendant dans les profondeurs. Il se retrouva ainsi enveloppé de plusieurs obscurités : l’obscurité du ventre du poisson, l’obscurité de la nuit et l’obscurité des profondeurs de la mer.


Allah dévoila à l’ouïe de Younous des sons étranges qui lui parvenaient de l’extérieur. Allah lui a révélé qu’il s’agissait du tasbih –des évocations– des poissons de la mer petits et grands. Il prit alors refuge en Allah ta"ala Celui Qui secoure ceux qui sont à bout, Celui Qui aide ceux qui sont tourmentés, Celui dont la miséricorde est étendue, Celui Qui accepte le repentir. Allah exauça son invocation. Il ordonna au poisson de rejeter Younous sur le rivage. Le poisson le rejeta. Younous était alors amaigri et malade en raison de son long séjour dans le ventre du poisson.

Il a été rapporté que le poisson l’avait projeté en bord de mer, sur le rivage d’un village de Al-Mousil, dépourvu d’arbres et de tout relief. Son corps était souffrant, tel un oisillon qui n’a pas encore de plumes, la moindre chose qui lui tombait dessus lui faisait mal. Allah lui fit miséricorde et fit pousser pour lui un plan de citrouilles qui l’abrita. C’est une plante qui présente beaucoup de bénéfices : elle pousse rapidement, ses feuilles font beaucoup d’ombre en raison de leurs grandes tailles et de leur douceur. Les mouches ne s’en approchent pas. Ses fruits sont très bons et très nutritifs : on peut les manger crus ou cuits avec les pépins et la peau.

Il a été dit pour en décrire l’état :

Par une grâce de Ta part Tu as sauvé Younous

               Qui est demeuré des nuits durant dans le ventre d’un poisson

Tu as fait pousser un plan de citrouilles, par miséricorde

               De Allah, car si ce n’était Allah, il serait resté amaigri

 

Allah lui accorda en outre qu’une sorte de gazelle vienne à lui et lui donne à boire du lait de ses mamelles en début et en fin de journée, tant et si bien qu’il retrouva sa bonne santé par la volonté de Allah.

 

Après quoi, Allah lui ordonna de retourner auprès de son peuple et de leur annoncer que Allah ta"ala avait accepté leur repentir. Il fit route vers eux et rencontra un berger en chemin. Comme il l’interrogeait au sujet du peuple de Younous, comment ils étaient maintenant, le berger lui dit qu’ils étaient dans le bien et qu’ils étaient dans l’espoir que leur Messager retourne auprès d’eux.

Lorsqu’il arriva finalement auprès d’eux, ils l’accueillirent en s’excusant. Sa joie fut immense lorsqu’il vit qu’ils avaient abandonné l’adoration des idoles, et qu’ils avaient cru en Allah Ar-Rahman, Lui Qui existe sans endroit.