Les choses qui annulent la prière

Sache qu'il est un devoir pour la personne responsable d'apprendre les choses qui annulent la prière et qui la rompent afin de les éviter. Il n’est donc pas suffisant de faire l'apparence des actes comme c'est le cas de nos jours si l'on considère la situation d’un bon nombre de gens qui ne tiennent compte en effet que de l'apparence des actes. Ainsi, il arrive que l'un d'eux aille au pèlerinage sans avoir appris les lois du pèlerinage et se satisfasse de suivre les autres dans leurs actes, ou encore qu'il fasse l'apparence de la prière sans en avoir appris les piliers. Ceux-là sont concernés par le hadithdu Messager de Allah  :

(( ربّ قائم ليس له من قيامه إلاّ السّهر، وربّ صائم ليس له من صيامه إلاّ الجوع والعطش ))

qui signifie : « Combien de gens croient faire des prières de nuit et ne recueillent rien d'autre que la veille et combien de gens croient faire un jeûne et ne recueillent rien d'autre que la faim et la soif » [rapporté par Ibnou Hibban].

La prière est annulée par les choses suivantes :

1/   La parole, à savoir ce qui fait partie du langage des gens, si elle est dite sciemment tout en se rappelant que l'on est en train d'accomplir la prière et sans que cela soit hors de sa volonté c'est-à-dire sans que l'on soit capable de ne pas la prononcer, et ceci même si ce qui est prononcé est constitué de deux lettres qui n'ont pas de sens. Ainsi, si l'on dit (‘Ah), la prière est annulée, comme cela a été mentionné par les savants spécialistes de la jurisprudence qu'ils soient chafi"iyy ou autres. Leur jugement est une preuve que (‘Ah) n'est pas un nom de Allah. De même, la prière est annulée par une lettre prolongée, comme si l'on dit : (A) ou (I) ou (Ou). Elle devient en effet deux lettres à cause de cette prolongation. Dans l'école chafi"iyy, il y a pourtant un avis disant que la simple lettre n'annule pas la prière si elle est prolongée, comme par exemple en disant (A). De même, la prière est annulée en prononçant une lettre ayant une signification, comme en disant قِ(qi) ou ع(^i) ou ف(fi), car ces trois lettres en arabe ont chacune un sens compréhensible. (Qi) signifie « protège ! » à l'impératif (^i) signifie « prends conscience ! » à l'impératif et (fi) signifie « sois loyal ! » à l'impératif. Ces choses-là et les choses similaires annulent la prière si elles sont dites sciemment en se rappelant que l'on est en train d'accomplir la prière et en sachant que cela est illicite. Quant à celui qui ignorait l'interdiction de la parole pendant la prière parce qu'il fait partie des gens récemment entrés en Islam ou qu'il est né dans un pays éloigné de ceux qui connaissent les jugements de la Loi de l'Islam, sa prière n'est pas annulée.

Quant à celui qui a oublié qu'il était en train d'accomplir la prière, s'il a peu parlé, c'est-à-dire six phrases selon l'usage courant ou moins, sa prière n'est pas annulée par sa parole. C'est le cas par exemple, si l'on a dit : va au marché, achète-moi du pain, ramène-le-moi puis mets-le à tel endroit.

Pour le raclement de gorge, le rire, le pleur, le gémissement et le souffle, il y a deux cas :

      a) S'il y apparaît deux lettres ou plus, la prière est annulée.

      b) S'il n'y apparaît pas du tout de lettres, la prière n'est pas annulée.

Il y a cependant un avis selon lequel le raclement de gorge n'annule pas la prière, même s'il y apparaît deux lettres.

Par la précision « ce qui fait partie du langage des gens », on exclut l'évocation de Allah ta"ala (adh-dhikr) qui n'annule donc pas la prière. C'est par exemple le cas lorsqu’on dit, si on voit le chaytan faire une attaque : ('a"oudhou bi l-Lahi minka). Ainsi, Iblis est venu au Messageravec une torche en flamme à la main en voulant la jeter sur lui. Le Prophètea dit :

(( أعوذ بالله منك ))

ce qui signifie : « Je recherche par Allah la protection contre toi ». Allah l'a donc aidé et lui a accordé de le vaincre au point qu'il s'apprêtait à l'attacher à un pilier de la mosquée pour que les gens le voient au matin, mais il s'est rappelé l'invocation de Soulayman le fils de Dawoud, "alayhima s-salam :

] وهب لي ملكا لا ينبغي لأحد من بعدي [

ce qui signifie : « Accorde-moi une souveraineté que Tu n'accorderas à personne d’autre après moi » [sourat Sad/ 36], il a donc abandonné ce qu'il allait faire.

2/   Faire trois mouvements successifs, que ce soit avec trois membres, en faisant par exemple un mouvement avec les deux mains et la tête, successivement ou en même temps, ou bien trois pas, ceci valant selon certains chafi"iyy. D'autres ont dit : les mouvements qui annulent la prière concernent ce qui dure le temps d'accomplir une rak"ah –une séquence rituelle–. Il est permis d'agir conformément à cet avis-là. Il est en effet plus en accord avec les hadithdans lesquels il a été rapporté une information qui laisse penser que le Prophète ra fait dans sa prière plus de trois mouvements, comme par exemple le hadith dans lequel il a ouvert rà "A'ichah, que Allah l'agrée, une porte close se trouvant vers la qiblah et poursuivi ensuite sa prière. Ce hadithest sahih ; il a été rapporté par l'imam 'Ahmad dans son Mousnad d'après "A'ichah. Ce qui apparaît de son geste, c'est qu'il a fait plus de trois mouvements successifs et il est très peu probable qu'il n'ait fait que deux mouvements.

3/   Le mouvement excessif : par exemple un grand saut. La prière est également annulée par un seul mouvement, même s'il n'est pas excessif, s'il est fait pour jouer. La prière n'est pas annulée par le mouvement des doigts, la paume restant au repos, même si ce sont de nombreux mouvements. De même, les mouvements de paupière, de langue ou d'oreille, l'ouverture ou la fermeture d'un bouton, même s'ils sont nombreux n'annulent pas la prière, tant que la paume reste au repos, si ce n'est pas fait pour jouer.

4/   L'ajout d'un pilier gestuel : par exemple dans le cas où l'on ajoute une inclination ou une prosternation délibérément.

5/   Le fait de manger ou de boire sauf si on a oublié. En effet, dans ce cas si on mange ou si on boit peu, cela n'annule pas la prière.

6/   L'intention d'interrompre la prière : si on fait l'intention dans le cœur d'interrompre la prière immédiatement, elle est annulée. De même, si on a l'intention de l'interrompre après l'écoulement d'une rak"ah par exemple, la prière est annulée.

* Elle est aussi annulée si on fait dépendre l'interruption de la prière de quelque chose, comme par exemple en se disant : « si telle chose arrive, j'interromps ma prière », elle est immédiatement annulée.

* De même, la prière est annulée par l'hésitation à l'interrompre, comme par exemple en se disant : « je l'interromps ou je la poursuis ? » ; elle est alors annulée.

7/   Par le dépassement d'un pilier en ayant le doute au sujet de l'intention de l'entrée en rituel (at-taharroum) ou bien si la période de doute s'est prolongée. C'est-à-dire que la prière est annulée si quelqu’un doute au sujet de l'intention de la prière –est-ce qu'il a fait l'intention lors de l'entrée en rituel ou pas, ou bien est-ce qu'il a fait l'intention pour le dhouhr ou pour le "asr–. Cela veut dire que la prière est annulée si ce doute se prolonge et dure jusqu'à ce qu'un pilier se termine alors qu'on est encore dans le doute. C'est le cas par exemple si on a récité la Fatihah et qu'on est resté dans le doute, la prière est annulée ; ou si on a douté à ce sujet et qu'on a fait l'inclination en étant toujours dans le doute, ici aussi la prière est annulée. De même, elle est annulée si la période du doute se prolonge, même si on n'a pas atteint la fin d'un pilier. Quant à celui à qui le souvenir revient avant d’avoir atteint la fin d'un pilier et que la période du doute ne s’est pas prolongée, sa prière n'est pas annulée. Cela arrive quand on a douté puis que le doute a été dissipé rapidement.